Waipoua Forest – Northland

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29 avril 2014 – 9 heures, il pleuviote un peu fort ce matin.  Après un frugal petit déjeuner et un bon gros nettoyage de mes chaussures de marche (je vous expliquerai pourquoi un peu plus loin),  j’emprunte toujours la Twin Discovery Coast Highway, le long de la Kauri Coast sur la SH12,  pour rejoindre Waipoua Forest. Une forêt primitive où l’on y trouve de très nombreux Kauris. Parmi eux, Tane Mahuta « le seigneur de la Forêt » et Te Matua Ngahere « le père de la Forêt ».

C’est sous une succession alternée et régulière de grosses pluies, arcs-en-ciel et éclaircies que je roule entre Ahipara et Waipoua Forest (175 km environ – 2h30).

road Ahipara - Waipoua Forest

La route est superbe et devient très sinueuse à mesure que l’on s’approche de la réserve de Waipoua Forest.

Si vous êtes pressé par le temps ou avez un budget conséquent, il y a possibilité de prendre un raccourci (110 km contre 175 km par la route habituelle),  et d’utiliser un Ferry : le « Hokianga Ferry » entre Kohukohu et Rawene (carte ci-dessous).

Ahipara-Waipoua Forest via Ferry

Seulement, et ce n’est que mon avis, la traversée est très dispendieuse pour les camping-cars et campervans pour une traversée de 15 minutes :  40$ le passage avec le conducteur  + 2$ par personne supplémentaire  (Tarifs Avril 2014 – Site internet :Hokianga Ferry).

Comparativement, la traversée Russell – Paihia ne m’avait couté que 11$ (Camping-car + chauffeur) pour la même durée de traversée (On the Road : Whangarei Heads – Tutukaka Coast – Russel – Paihia)

Après 2 bonnes heures de route, « pause café » à Opononi, une bourgade d’à peine 500 âmes où l’hôtel a des faux airs de Cardrona Hotel.

Opononi

Opononi a été rendu célèbre, au milieu des années 1950, grâce à un dauphin apprivoisé nommé Opo, qui laissait les enfants monter sur son dos.

Opononi

De l’autre côté de l’estuaire, on peut y voir des dunes de sables. Derrière les dunes, c’est le début de la fameuse 90 Mile Beach.

Opononi

Les surfeurs bravent le vent violent (et glacial !), le tout devant un parterre de Sternes Tara et quelques goélands admiratifs depuis la plage 🙂

Opononi

Les 20 derniers kilomètres à travers la forêt primitive est un moment incroyable à vivre. Par endroits, j’avais l’impression d’entrer dans une cathédrale tant les branches de fougères ployaient vers la route comme si la forêt voulait me protéger. N’hésitez pas à regarder en bas de la page, ma vidéo de la journée (à 1 minute 32), vous verrez comment çà tourne !

Waipoua Forest

Les virages sont pour la plupart en aveugle, et il faut redoubler de vigilance quand la chaussée est mouillée ou jonchée de petits bois ou de branchages. Respectez-bien les panneaux  vous donnant la vitesse avant chaque virage, et ne le dépassez surtout pas. Sinon vous êtes sûrs de vous retrouver sur la voie opposée et si il y a un véhicule en face, c’est l’accident assuré.

Je n’ai jamais pu dépasser les 50 kilomètres par heure sur cette portion, tout comme il est impossible de se garer sur les bas-côtés (même en voiture) lorsque l’envie nous prend de vouloir prendre une photo.

Si vous désirez connaître un peu l’Histoire de Waipoua Forest, déroulez ce qui suit 

Un petit peu d’histoire sur Waipoua Forest »

Un petit peu d’histoire sur Waipoua Forest

Après l’abattage de 96% des Kauris entre les 19e et 20e siècle, cette forêt abrite aujourd’hui les deux tiers restant des Kauris adultes encore sur pied dans le Northland.

Initialement, les terres appartenaient à la tribu locale maori « Te Roroa » et en 1876, la couronne britannique leur achète Waipoua Forest pour 2 000 livres.

A view of native ferns and bush, with a giant Kauri tree in the foreground, Waipoua Kauri Forest, Northland.  Ref: WA-06056-G. Alexander Turnbull Library, Wellington, New Zealand.

A view of native ferns and bush, with a giant Kauri tree in the foreground, Waipoua Kauri Forest, Northland.
Ref: WA-06056-G. Alexander Turnbull Library, Wellington, New Zealand.
Source image: National Library of New Zealand

Quand les Européens sont arrivés en Nouvelle-Zélande dans les années 1800, ils avaient besoin de bois pour la construction et Waipoua Forest était une aubaine pour eux !

Botanique - Kauri

Source image : Kauri Dieback – Cycle de vie d’un Kauri

les « Rickers » Kauris (jeunes arbres entre 30 et 100 ans) étaient très recherchés car leurs grands troncs droits étaient le meilleur matériau pour la fabrication de mâts de navires.

Cowdell, Joseph Tuffley, d 1907. Bullock team and timber workers alongside a Kauri tree.  Ref: 1/2-020852-F. Alexander Turnbull Library, Wellington, New Zealand.  http://natlib.govt.nz/records/23090308

Cowdell, Joseph Tuffley, d 1907. Bullock team and timber workers alongside a Kauri tree.
Ref: 1/2-020852-F. Alexander Turnbull Library, Wellington, New Zealand.
Source image: National Library of New Zealand

Les grands troncs de Kauris « Matures » (plus de cent ans) étaient eux utilisés sous forme de larges planches pour la construction de maisons, des navires, des clôtures, des traverses de chemin de fer, les barrages et les meubles.

Outre la coupe du bois, beaucoup de colons sont venus également dans le Northland pour « saigner » les Kauris et en extraire leur gomme (ou résine). La gomme de Kauri était utilisée comme vernis de peinture ou pour faire du linoléum ( le fameux « lino », revêtement de sol). Le Kauri suinte naturellement et sa gomme sert initialement pour guérir ses blessures. Elle durcit lorsqu’elle est en contact avec l’air et créé une croûte, un peu comme notre sang, lorsque l’on se coupe.

Two kauri gum climbers tapping gum from kauri trees. Ref: 1/2-091182-F. Alexander Turnbull Library, Wellington, New Zealand. http://natlib.govt.nz/records/22301656

Two kauri gum climbers tapping gum from kauri trees.
Ref: 1/2-091182-F. Alexander Turnbull Library, Wellington, New Zealand.

Source image: National Library of New Zealand

Dès 1885, 90 kilomètres carrés de cette forêt deviennent une réserve forestière nationale. Waipoua Forest devient un sanctuaire en Juillet 1952, avec plus de 300 espèces de végétaux mais ce n’est qu’en 1956 qu’une protection complète de l’espèce « Kauri » est enfin votée.

En 1998, après des années de demande de compensation et de restitution des terres auprès du tribunal de Waitangi, la tribu locale Te Roroa obtient, entre autres, un droit de consultation pour tout projet relatif à la forêt et gère, en collaboration avec le DOC, cette forêt dont l’objectif est de protéger, restaurer et promouvoir la réserve.

Le Northland concentre la quasi-majorité des 10 plus grands kauris vivants de Nouvelle-Zélande.

kauris nz table

source tableau : www.teara.govt.nz – les 10 plus grands kauris vivants en NZ en 1986

Voilà pour la petite histoire. 

Premier arrêt, directement sur la SH12, dans ce magnifique sanctuaire pour aller voir  Tane Mahuta.

De nombreuses possibilités de marches vous sont offertes dans cette réserve, d’après la carte située dans la cabanon à côté du départ du sentier.

Tane Mahuta Walk (150 mètres Aller simple)

Le parking (petit !) est situé en face de l’entrée du sentier.

Tane Mahuta - Waipoua Forest

Le chemin se fait sur pilotis afin de protéger les racines très fragiles des Kauris.

Tane Mahuta - Waipoua Forest

La marche parmi ces êtres de verdure est extrêmement reposante. Le silence est juste perturbé par le clapotis des gouttes de pluie qui se fracassent sur les feuilles.

Puis soudain, à quelques mètres de la fin du sentier, Tane Mahuta se découvre. Absolument gigantesque !

Tane Mahuta - Waipoua Forest

J’en reste même bouche bée tant je suis surprise par sa hauteur. Je ne suis la seule car j’entends les « Woaoovvvv ! » des rares touristes présents sur le lieu.

Tane Mahuta est « le seigneur de la Forêt », d’après le panneau explicatif, il aurait 2000 ans et mesure plus de 50 mètres de haut. C’est le plus grand de tous les Kauris présents par sa taille !

C’est un des arbres les plus vénérés par les Maoris car il fait le lien entre la terre et le ciel d’après la légende :   

 » Tāne est le fils de Ranginui, le Ciel père, et de Papatuanuku, la Terre mère. 

Tāne apporta la lumière, l’espace et l’air qui ont permis à la vie de prospérer.

Tāne est celui qui donne la vie. Toutes les créatures vivantes sont donc ses enfants. « 

Je reprends la route la SH12 vers le sud (2 kilomètres) pour rejoindre le second site où l’on peut effectuer 3 marches au même endroit.

Waipoua Forest

Le  deuxième arrêt, se fait légèrement à l’écart de la SH12 sur un petit parking gardé par un ranger (sur donation de 2$), aussi ne roulez pas trop vite car il est impossible de faire demi-tour si vous loupez l’entrée.

Les 3 promenades ( Te Matua Ngahere Walk, Four Sisters Walk et Yakas Track) ne posent aucun problème de dénivelé (50 m en positif et négatif pour une altitude moyenne de 350 mètres) et sont même accessible aux personnes à mobilité réduite (excepté Yakas Track où il y a de nombreux passages sur des planches de caillebottis humides, limite glissantes ; ce track n’est pas vraiment adapté pour les fauteuils roulants contrairement à ce qui est indiqué sur le panneau au départ).

Waipoua Forest

Les indications des temps sur ce panneau sont au départ du parking

A l’entrée de la piste, on prend soin de passer ses chaussures dans un liquide pour contrer le « Kauri Dieback » ou dépérissement du Kauri en anglais.

kauri diebackSource image : Kauri Dieback

Bien que j’ai fait un gros nettoyage avec du liquide vaisselle, ce matin avant de partir, je n’hésite absolument pas à le refaire une deuxième fois.

C’est un champignon microscopique appelé « Phytophthora taxon Agathis » qui peut infecter un  kauri de tout âge, à partir de plants d’arbres matures. 

La maladie se propage dans le sol par les racines des arbres, la rendant facilement transmissible lorsque l’on marche dessus.

Cette maladie peut avoir un effet dévastateur sur nos géants de la forêt car une fois que le kauri est  infecté, il est malheureusement voué à mourir, aucun traitement n’est disponible à ce jour pour l’instant.

Ce champignon a été  découvert  pour la première fois sur Great Barrier Island (à 90km au nord Est d’Auckland) dans les années 1970. Mais cette maladie n’a été formellement identifiée qu’en Avril 2008. Son plus proche parent connu est un agent pathogène de la châtaigne de Taiwan  Phytophthora katsurae).

Source : Kauri Dieback

et c’est parti !

waipoua forest walks

Une piste serpente à travers des buissons indigènes.

Waipoua Forest

De nombreux panneaux vous demande de rester sur le sentier.

Waipoua Forest

500 mètres de marche et vous arrivez à un carrefour à partir duquel vous pourrez choisir l’une des trois pistes : tout droit pour Te Matua Ngahere Walk, à gauche pour Yakas track et à droite Four Sisters Walk.

Waipoua Forest

Je choisis de commencer par Te Matua Ngahere Walk et continue donc tout droit.

Waipoua Forest

Te Matua Ngahere Walk (1,5 Km A/R à partir du carrefour).

La végétation se densifie de plus en plus au fur et mesure que l’on avance. Pendant quelques minutes, une grosse pluie s’abat sur la canopée des arbres. C’est assez irréel d’entendre ce bruit !

Par endroits, on emprunte des petits ponts en bois

et au bout de quelques minutes de marche, Te Matua Ngahere, le Père de la Forêt, vous accueille à bras ouvert !

Te Matua Ngahere est un Kauri remarquable car il est le plus grand de Nouvelle-Zélande par sa circonférence (16,41 mètres) et le deuxième plus grand en taille avec ses 30 mètres,  juste derrière Tane Mahuta. Grosse incertitude sur son âge, mais beaucoup s’accordent à dire qu’il aurait entre 2500 et 3000 ans. Ce qui en ferait le Kauri le plus vieux encore vivant de Nouvelle-Zélande : quoi de plus magique que de se tenir devant un arbre qui a commencé à pousser à l’époque de l’âge du bronze !

Au retour, à la bifurcation, je tourne à gauche pour aller à la rencontre des Four Sisters.

Waipoua Forest - Four Sisters Walk

Four Sisters Walk  (250 mètres (A/R)

Les Four Sisters sont une bizzarerie de la nature. Normalement le Kauri lutte seul pour sa survie, mais ces quatre arbres distincts sont supposés provenir de la même graine et coexistent ainsi depuis environ 500 ans, âge de ses 4 demoiselles.

Si on les regarde bien attentivement, ces 4 soeurs sont régulièrement espacées, ont des troncs élancés et leurs branches au sommet tournent vers l’extérieur (comme si elles ne voulaient pas se gêner).

Waipoua Forest - Four Sisters Walk

Certains troncs sont plus forts que les autres en raison de leur position par rapport au vent, la pluie et les nutriments du sol.

Je retourne à nouveau au carrefour pour rejoindre Yakas Track, situé en face des 4 soeurs.

Yakas Tree Kauri Track (3 km A/R)

Waipoua Forest - Yakas Track

Le petit panneau indique que la piste menant au Visitor Center  à la suite de Yakas Track est fermée. Pas grave, vu que je n’avais pas du tout prévu cette possibilité.

On s’enfonce dans la magnifique forêt primitive et la pluie laisse enfin la place à un grand soleil.

La végétation luxuriante explose tout d’un coup en couleurs et les oiseaux, jusque là silencieux, se mettent à chanter à tue-tête.

Le sentier est boueux par endroit, mais il est vite remplacé par un ponton en bois, quelques mètres avant « Cathedral Grove ».

Waipoua Forest - Yakas Track

De Cathedral Grove, on peut admirer, depuis un promontoire en bois en escaliers, tout un grand groupe de kauris.

Waipoua Forest - Yakas Track

Encore quelques minutes ….

et vous êtes au pied de Yakas,  le 7ème plus grand Kauri présent en Nouvelle-Zélande avec 43 mètres.

Ce superbe arbre porte le nom de Yakas, en mémoire de Nicholas Yakas (1887 – 1976) qui a été témoin de la découverte des nombreuses merveilles que contient Waipoua Forest, lors de la construction de la SH12 dans les années 1920. Il n’était alors qu’un jeune homme à la recherche de gomme de kauri (lire Histoire de Waipoua Forest au début de cette page si ce n’est pas déjà fait). Ce n’est qu’en 1968 que le nom de « Yakas Kauri « a été officiellement donné à cet arbre.

Il y a possibilité depuis Yakas Track de rejoindre le Waipoua Visitor Centre en empruntant le Lookout Track (2.5 km aller simple – 1 heure) mais la piste est fermée (indiqué sur le panneau au début de Yakas track). Attention cette partie du track est catégorisé comme tramping. Ce qui signifie que la piste n’est pas balisée et demande une bonne condition physique car le terrain peut être très accidenté.

Je reviens tranquillement au parking après un peu plus de 2 heures de marche pour un total de 5,5 km, il faut l’avouer à un rythme « escargot » tant c’est d’une beauté !

Je prends le temps et le soin de nettoyer, à nouveau, mes chaussures avec le produit et les passer sur les grattoirs à l’entrée du Track afin de ne pas éventuellement contaminer un autre site lors d’une prochaine marche.

Si vous aimez la Nature, c’est votre devoir de la protéger et d’aider les néo-zélandais dans leur quête de préservation des Kauris.

La maladie s’est récemment propagée, et se trouve maintenant à Auckland, dans le Northland (à Waipoua Forest principalement) et le Coromandel.

Il existe un proverbe maori qui dit  :

 » Toi tu te whenua, Toi tu te Kauri  »  

Lorsque la terre prévaut, le Kauri prévaut.

Ce proverbe prend tout son sens une fois que l’on a visité ce sanctuaire !

Mon ventre crie famine (j’avais pourtant mon sandwich dans le sac), mais j’ai complètement zappé mon déjeuner tant mon cerveau était complètement déconnecté au milieu de cette majestueuse forêt. Lorsque je regarde l’heure sur ma montre, il est déjà 15h15.

Je mange rapidement, ayant de la route pour rejoindre Dargaville (65 km – 1 heure), mon étape du soir avant de rejoindre Auckland …  demain.

Oh stupeur ! Je commence seulement à réaliser que mon road-trip touche bientôt à sa fin.

La SH 12 se rétrécit quelque fois à une voie pour mieux protéger deux Kauris de la destruction.

J’arriverais à Dargaville en fin d’après-midi sous une pluie diluvienne.

road waipoua forest - Dargaville

Nuitée au Dargaville Campervan Park & Cabins (20$ avec électricité et douche à volonté).

Dargaville - Jo's Home Cookery

Je prends un succulent dîner chez « Jo’s Home Cookery » à 20 mètres du camping dans la même rue (Gladstone street)

Dargaville

Il est conseillé de réserver si vous êtes nombreux car le restaurant ne comporte qu’une trentaine de places à l’intérieur et lorsque que j’arrive à l’ouverture, à 19 heures, les 3/4 des places sont déjà réservées comme en témoigne la grande tablée !!!

Dargaville - Jo's Home Cookery

Je discute beaucoup avec Joanne, la propriétaire des lieux et qui me pose mille questions sur mon voyage en solo. Elle m’admire et j’en rougis.

Dargaville - Jo's Home Cookery

Mon dîner se composera d’un plat de « Mussels Fritters », des moules vertes sous forme de galette avec des frites et une petite salade de crudités. On ne s’en rend pas compte sur la photo mais c’est copieux, surtout que Joanne m’as remis des frites alors que je n’ai rien demandé.

Puis un mochacino avec deux guimauves dedans, Yummmiiii que c’est bon !!

Le tout pour 19,50 $.

C’est en clignant des yeux que je regagne mon camping-car, une bonne fatigue après la longue journée passée dans Waipoua Forest.

Vidéo de ma journée à Waipoua Forest

A suivre : Auckland – La cité des Voiles – 1ère journée.

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